L’interview engagée de Burban Palettes - Entretien avec Lise THOMAS
Publiée le 23/04/2026
Engagée dans l’insertion professionnelle des publics éloignés de l’emploi, Burban Palettes est l’une des entreprises membres actives du CREPI Loiret. Lise Thomas, Responsable RH du groupe, a accepté de témoigner de ce partenariat, de l’ADN inclusif de son entreprise et du parcours inspirant d’Ezatullah, collaborateur afghan recruté à l’issue d’une visite d’entreprise organisée par le CREPI. Elle est également intervenue lors du Colloque Destination Emploi de la Fédération nationale des CREPI.
Pouvez-vous vous présenter et nous parler de Burban Palettes ?
Je suis Lise Thomas, Responsable RH chez Burban Palettes, une société spécialisée dans le recyclage de palettes en bois. Notre métier repose sur un engagement fort pour l’économie circulaire : nous collectons les palettes auprès de nos fournisseurs partenaires, nous les trions, les réparons, puis les revendons. Notre valeur ajoutée, c’est de valoriser 100 % de la palette. Celles qui sont inutilisables ou irréparables sont broyées pour en revendre les copeaux de bois. Aujourd’hui, nous comptons 700 collaborateurs, répartis sur 30 sites à travers toute la France.
Comment Burban Palettes a-t-elle connu le CREPI Loiret, et qu’est-ce qui a motivé votre engagement ?
Le CREPI est un partenaire connu de notre entreprise depuis plusieurs années. Ce qui nous tient à cœur dans ce partenariat, c’est que la diversité et l’inclusion sont des valeurs que nous vivons concrètement au quotidien. Chez Burban Palettes, nous ne nous concentrons pas uniquement sur les compétences techniques : nous regardons les parcours de vie, le savoir-être, la capacité d’une personne à évoluer au sein de notre organisation. Le CREPI, à travers ses actions : visites d’entreprise, recommandations de candidats, événements réseau, s’inscrit parfaitement dans cet état d’esprit.
Quelles actions avez-vous menées concrètement avec le CREPI ?
Il y a deux ans, nous avons ouvert les portes de notre site dans le cadre de l’action « Destination Emploi ». Le CREPI nous avait sollicités car nos métiers, encore trop méconnus du grand public, sont pourtant accessibles à de nombreux chercheurs d’emploi. Une dizaine de personnes accompagnées par le CREPI sont venues visiter notre site fin 2024. À l’issue de cette visite, un profil nous a particulièrement marqués : Ezatullah, que nous avons recruté en CDI par la suite en février 2025.
Au-delà de cette action, nous participons activement à la « Vie du Club » du CREPI Loiret : tables rondes, petits-déjeuners, échanges avec d’autres entreprises membres. Ces rencontres nous permettent de partager nos pratiques en matière de diversité et de bénéficier de l’expérience de nos pairs.
Pouvez-vous nous raconter le parcours d’Ezatullah, le collaborateur recruté à l’issue de cette visite ?
Ezatullah est un collaborateur afghan arrivé en France en 2017 après avoir traversé dix pays, laissant derrière lui sa femme et son pays. Il a passé six ans sur notre territoire sans papiers, dormant dehors pendant plus de cinq ans, s’appuyant sur des associations, des assistantes sociales et des avocats pour l’accompagner dans ses démarches. Il a finalement obtenu ses papiers en 2023. Ce qui frappe chez lui, c’est sa détermination, son envie de réussir et de s’intégrer. Aujourd’hui, il est en CDI depuis plus d’un an. Il est logé dans un logement d’urgence et des procédures sont en cours avec Action Logement pour lui trouver une solution pérenne. Ce qui est essentiel pour nous, c’est de le considérer exactement comme n’importe quel autre collaborateur. Nous ne faisons pas de différence de parcours. Nous l’accompagnons sur la mutuelle, les démarches administratives, et c’est ce soutien global qui fait toute la différence.
Vos salariés sont-ils mobilisés lors des visites d’entreprise organisées avec le CREPI ? Qu’en retirent-ils ?
Oui, et ils y participent avec beaucoup de fierté. Présenter leur métier, expliquer ce qu’ils font au quotidien, c’est valorisant pour eux. Ce qui est aussi très fort chez nous, c’est la richesse de la diversité au sein même de nos équipes : nous comptons 40 nationalités dans notre groupe, dont 30 sur notre seul site d’Ormes. Lorsque nous recrutons un nouveau collaborateur, nous trouvons généralement quelqu’un de la même origine ou nationalité qui peut l’accueillir, répondre à ses questions de manière informelle et le rassurer. C’est donnant-donnant : les collaborateurs en poste aiment partager leur expérience, et les candidats repartent avec une image concrète et rassurante de l’entreprise.
Plus largement, comment la politique d’inclusion est-elle portée au sein de Burban Palettes ?
L’inclusion est portée par la direction au plus haut niveau. Didier Burban, fondateur et PDG du groupe, en parle directement lors de nos conventions réunissant l’ensemble de nos collaborateurs. Et quand on rassemble tout le monde, on voit physiquement à quel point nos équipes sont diverses. Nous recrutons des jeunes, des seniors, des personnes en situation de handicap, des personnes éloignées de l’emploi. Cela s’est fait assez naturellement : nos métiers sont méconnus, donc nous devons nous ouvrir à tous les profils. Sur 80 % de nos postes, principalement le tri et la réparation de palettes, nous sommes en mesure de former en interne, sans exiger de compétences préalables. Nous proposons 99,9% de CDI, ce qui apporte de la stabilité et permet aux collaborateurs de se projeter sur le long terme : rapprochement familial, intégration durable. C’est aussi cela qui les motive à s’investir.
Lors des tables rondes du CREPI, quel regard portent les autres entreprises sur l’insertion ?
On entend encore beaucoup d’a priori. L’insertion, c’est un terme large qui peut faire peur. Chez Burban Palettes nous accueillons des personnes primo-arrivantes, mais aussi des personnes sous main de justice, en semi-liberté, avec bracelet électronique, ou anciens détenus. Certains collaborateurs actuellement incarcérés sont toujours sous contrat et seront réintégrés à leur sortie. Ce que je constate, c’est que la méconnaissance alimente la peur. Notre rôle lors de ces tables rondes, c’est de montrer que ça marche, de partager des réussites, de faire tomber ces a priori. Ces publics sont souvent les plus fidèles et les plus reconnaissants. C’est une réalité que nous vivons chaque jour.
Avez-vous d’autres partenaires aux côtés du CREPI dans votre démarche d’insertion ?
Oui, nous travaillons également avec Emmaüs, dont la branche vie communautaire accueille des personnes en situation de précarité. Nous avons recruté sept personnes venant d’Emmaüs Orléans. Nous collaborons aussi avec Humando, un partenaire national avec lequel nous avons réalisé une dizaine de recrutements l’an passé. Ces partenariats multiples montrent que l’engagement de Burban Palettes en matière d’insertion ne se limite pas à un seul dispositif : c’est une démarche globale et structurée.
Vous avez participé au Colloque Destination Emploi de la Fédération nationale des CREPI. Qu’avez-vous retenu de cet événement ?
J’ai trouvé cet événement très enrichissant. La présence de toutes les parties prenantes (institutionnels, associations, entreprises, bénéficiaires) donnait une vision complète du parcours d’intégration, de l’arrivée en France jusqu’au CDI, en passant par la langue, le logement, les démarches administratives. J’ai compris comment chaque acteur contribue à offrir une vie meilleure à ces personnes. Et concrètement, cela a créé des liens : j’ai été recontactée par plusieurs participants et nous avons des rendez-vous à venir avec des associations et des partenaires. C’est exactement l’effet recherché par ce type d’événement.
Que diriez-vous à une entreprise qui ne travaille pas encore avec le CREPI pour la convaincre de franchir le pas ?
Je lui dirais que le CREPI est un partenaire fort, qui ouvre les horizons et apporte une vision différente. Les profils accompagnés par le CREPI sont des personnes fidèles, loyales, reconnaissantes, dont le savoir-être est souvent exemplaire. Mais au-delà du discours, le CREPI, ce sont des actions concrètes : des visites d’entreprise, des immersions, des mises en relation opérationnelles. Ce ne sont pas seulement des colloques et des tables rondes. Ce sont des candidats qui s’intègrent, qui s’investissent, et qui réussissent. Je fais confiance au CREPI pour construire ce type de partenariat de qualité, ancré dans la réalité du terrain.
