L’interview engagée d'Elior - Entretien avec Mickael GIRARD
Publiée le 30/03/2026
Elior, l’un des leaders européens de la restauration collective, est aujourd’hui présent dans 9 CREPI régionaux et membre du Club Grands Comptes de la Fédération nationale des CREPI. Mickaël Girard, son Directeur Général, revient sur cet engagement de longue date, sur la vision stratégique qui le sous-tend et sur ce que le Réseau CREPI apporte concrètement à une grande entreprise comme la sienne.
Pouvez-vous nous expliquer comment Elior a découvert le Réseau CREPI, et quel a été votre propre parcours d’engagement ?
Elior a rencontré le CREPI à travers ses engagements historiques en faveur de l’inclusion, de la diversité et de l’égalité des chances. Ce lien s’est tissé naturellement, au fil de nos implantations territoriales, en Alsace, dans le sud de la France, dans le Centre. De mon côté, lorsque j’étais directeur régional pour le territoire Centre Poitou-Charentes, j’ai intégré un CREPI local et j’ai commencé à accompagner des chercheurs d’emploi : coaching, préparation aux entretiens, visites de nos restaurants d’entreprise et scolaires.
Cela fait bientôt 15 ans que je connais le CREPI, dont trois ans d’engagement direct en région. J’ai renoué le dialogue il y a deux ans, et depuis, les choses ont pris une nouvelle dimension. Les échanges entre les CREPI et nos entreprises locales sont bons. Le CREPI est un réseau de référence : il crée des ponts concrets et efficaces entre les entreprises et les personnes éloignées de l’emploi. Et c'est ce que je souhaiterais souligner : ces échanges concrets et efficaces entre l'entreprise et des gens éloignés de l’emploi. Et nous on peut proposer des perspectives d'emploi à ce public.
Quelles actions vous ont particulièrement marqué, à titre professionnel comme personnel ?
Aujourd’hui, Elior est présent dans 9 CREPI régionaux. Nos équipes participent à des jobs dating, des actions de parrainage, des ateliers de préparation à l’emploi et des interventions en établissements scolaires. L’adhésion au Club Grands Comptes a permis de structurer et de dynamiser l’ensemble de ces initiatives qui étaient jusqu’alors menées de façon plus artisanale sur chaque territoire.
L’action qui me tient le plus à cœur, c’est tout ce qui concerne les jeunes primo-entrants sur le marché du travail : ceux qui arrivent sans réseau, sans codes, et qu’il faut accompagner dans cette première expérience professionnelle.
Sur le plan personnel, un souvenir me revient toujours : j’ai accompagné un chercheur d’emploi sur plusieurs séances (préparation d’entretien, rédaction de CV, posture, timing). Il a retrouvé un emploi. Et chaque mois de janvier, depuis, il m’envoie ses vœux. On entretient une correspondance annuelle. Ce petit moment de plaisir, c’est tout ce que cette démarche représente pour moi.
Après 15 ans d’engagement, comment votre vision de l’insertion professionnelle a-t-elle évolué ? Est-ce encore un sujet RSE, ou est-ce devenu stratégique ?
L’insertion professionnelle, c’est avant tout une politique d’entreprise que l’on fait vivre au quotidien. Et c’est moi qui la porte, avec mon DRH. Nous avons une pyramide des âges élevée : dans les prochaines années, un nombre important de collaborateurs vont partir en retraite. Mon enjeu stratégique, c’est de préparer leur succession. Et pour ce faire, nous avons besoin de trouver de nouveaux leviers : l’inclusion, l’insertion, l’accompagnement des personnes en situation de handicap, l’intégration des primo-entrants. L’insertion n’est pas un sujet RSE parmi d’autres. C’est un levier stratégique pour préparer l’avenir de l’entreprise.
Mais au-delà du recrutement, le CREPI est aussi un espace de partage de bonnes pratiques. Nos collaborateurs, qu’ils soient aux opérations, aux finances ou à l’informatique, peuvent s’impliquer dans ces actions et en revenir enrichis, avec des regards nouveaux sur leur propre métier.
Pourquoi avoir rejoint le Club Grands Comptes de la Fédération nationale des CREPI ?
J’étais convaincu à la fois par la politique que je souhaitais porter et par les échanges avec Philippe Moulia et l’équipe nationale. Le Club Grands Comptes répond à un besoin de cohérence nationale, tout en laissant chaque territoire s’approprier les actions selon ses spécificités. C’est un espace stratégique où l’on peut réfléchir ensemble, mutualiser les bonnes pratiques, innover sur la dimension sociale du recrutement et construire des réponses adaptées à nos métiers en tension.
Je crois profondément à la mutualisation : s’inspirer de ce que font les autres entreprises membres pour se l’approprier et l’adapter à notre propre réalité.
Les grandes entreprises ont-elles une responsabilité particulière dans l’accès à l’emploi des publics éloignés ?
Je dis souvent « Il y a ceux qui disent et ceux qui font ». Notre rôle en tant que grande entreprise, c’est d’être la locomotive et d’entraîner les autres. Si la dynamique ne part pas d’elles, il sera beaucoup plus difficile de l’essaimer dans les PME et les entreprises de taille intermédiaire. Notre rôle, c’est d’entraîner, d’engager nos équipes RH et opérationnelles dans ces enjeux.
L’entreprise inclusive de demain, c’est celle où tous les salariés sont mobilisés, pas seulement les RH, pour former et accueillir les nouveaux entrants. Et où la direction donne les moyens concrets de s’inscrire dans des dispositifs comme les CREPI.
Quels sont les défis concrets auxquels Elior est confrontée en matière de recrutement ?
Nous avons 20 000 collaborateurs répartis sur 3 500 restaurants. Cette démultiplication sur l’ensemble des territoires implique un besoin constant de recruter et de former sur des compétences techniques métiers (la cuisine, la restauration collective) tout en répondant aux spécificités locales de chaque site. Nos métiers sont en tension, et les circuits de recrutement traditionnels ne suffisent pas toujours.
Ce que le CREPI nous apporte, c’est une visibilité accrue sur des profils que nous n’aurions pas nécessairement identifiés par ailleurs, et des modes d’orientation complémentaires à nos canaux habituels. C’est aussi une façon de donner du sens à l’engagement de nos collaborateurs sur des sujets sociétaux qui les concernent tous.
Qu’est-ce qui vous a fidélisé au CREPI plutôt qu’à d’autres structures d’insertion ?
Les gens sont sympa, d’abord, et ça compte. Mais ce qui me touche vraiment, c’est le pragmatisme. Le CREPI, c’est un réseau de terrain qui est pragmatique. Il n’y a pas de déclaration d’intention : il y a une vraie volonté d’être orienté solutions. C’est un réseau qui sait comment mobiliser les entreprises et les accompagner dans leurs démarches. Et ça, c’est rare.
Que diriez-vous à une grande entreprise qui hésite encore à s’engager dans l’insertion professionnelle ou à rejoindre le CREPI ?
Je lui dirais que le CREPI offre un ancrage territorial fort, une connaissance fine des publics et des entreprises locales, et un espace de coopération où l’on n’est pas en compétition mais ensemble, pour trouver des solutions. Rejoindre le CREPI, c’est agir concrètement, collectivement, pour des enjeux qui nous concernent tous. Et puis, rejoindre le Club Grands Comptes, c’est aussi se donner les moyens de peser collectivement sur les enjeux d’emploi de demain.
On est tous là pour favoriser le retour à l’emploi, quelle que soit notre entreprise, quel que soit notre marché. C’est une démarche collective, et elle est d’autant plus puissante quand les grandes entreprises en sont.
